Tarot de Marseille ou Rider-Waite : quel jeu choisir ?
Deux écoles, deux iconographies, deux philosophies. Comparaison détaillée des deux tarots les plus utilisés au monde, pour vous aider à choisir celui qui vous correspond.
Choisir son premier jeu de tarot, c'est aussi choisir une école de lecture. Les deux familles les plus répandues — le **Tarot de Marseille** et le **Rider-Waite-Smith** — proposent non seulement deux iconographies différentes mais deux manières de penser la divination. Ce dossier compare leurs origines, leurs structures, leurs forces et leurs faiblesses, pour vous aider à faire un choix éclairé.
Deux histoires, deux lignées
Le Tarot de Marseille est l'héritier direct des tarots italiens du XVᵉ siècle — notamment les jeux des Visconti-Sforza peints à Milan vers 1450. Sa forme canonique se fixe en France, à Marseille, entre 1650 et 1760 sous les cartiers Jean Noblet, Jean Dodal, François Héri, Nicolas Conver. Le Conver de 1760 reste la référence iconographique pour toute la famille « Marseille ». On trouve aujourd'hui de nombreuses restaurations (Camoin-Jodorowsky, Hadar, Ben-Dov) qui toutes se réclament de cette matrice historique.
Le Rider-Waite-Smith, lui, est un tarot **du XXᵉ siècle**. Il est publié à Londres en 1909 par la maison Rider & Co, conçu par l'occultiste **Arthur Edward Waite** (membre de l'Ordre Hermétique de l'Aube Dorée) et dessiné par l'artiste **Pamela Colman Smith**. Son innovation majeure : il est le premier tarot à illustrer figurativement les 56 arcanes mineurs. Jusqu'alors, les petites lames (As au 10 dans les quatre couleurs) ne montraient que des répétitions géométriques du nombre d'objets — 7 épées disposées en étoile, 10 coupes alignées, etc. Smith dessine pour chaque carte une petite scène narrative qui en dit déjà le sens. Cette révolution a rendu le tarot mineur « lisible » pour des lecteurs débutants et a largement contribué à la popularité mondiale du jeu.
Structure : 78 lames pour deux usages
Les deux jeux comportent **78 lames** structurées de façon identique : 22 arcanes majeurs (de 0 à XXI) et 56 arcanes mineurs (quatre couleurs de 14 cartes — As, 2 à 10, Valet, Cavalier, Reine, Roi). Les différences s'arrêtent à la structure. Tout le reste diverge.
Les couleurs mineures
- **Tarot de Marseille** : Bâtons, Coupes, Épées, Deniers.
- **Rider-Waite** : Wands (bâtons), Cups (coupes), Swords (épées), Pentacles (pentacles — remplacement des deniers par le pentacle occultiste).
Ce glissement du « denier » (pièce de monnaie, symbole matériel simple) au « pentacle » (étoile à cinq branches inscrite dans un cercle, symbole ésotérique de protection) n'est pas anodin : il illustre la volonté de Waite de charger d'un sens magique ce que la tradition marseillaise gardait délibérément mercantile.
Les arcanes majeurs renommés
Waite a renommé et parfois renuméroté plusieurs arcanes majeurs. Ainsi :
- **Marseille : Le Pape (V) → Rider-Waite : The Hierophant**
- **Marseille : La Maison-Dieu (XVI) → Rider-Waite : The Tower**
- **Marseille : Le Jugement (XX) → Rider-Waite : Judgement** (même nom, mais iconographie différente)
- **Marseille : Le Mat (non numéroté ou 0) → Rider-Waite : The Fool (0 placé en début)**
Plus significatif encore : Waite échange les positions VIII et XI. Dans le Marseille, **VIII est la Justice** et **XI la Force**. Dans le Rider-Waite, **VIII est la Force** et **XI la Justice**. Cette inversion repose sur la correspondance kabbalistique que Waite établit entre les lames et les lettres hébraïques.
Deux philosophies de lecture
Le Tarot de Marseille : la lecture analogique
Le Marseille laisse beaucoup plus de place à l'interprétation intuitive. Ses arcanes mineurs non figuratifs obligent le tarologue à travailler avec :
- la **couleur** (bâton = élan, coupe = affect, épée = pensée, denier = concret) ;
- le **nombre** (numérologie pythagoricienne : 1 = commencement, 7 = introspection, 10 = accomplissement) ;
- la **position de la carte** dans le tirage et par rapport aux autres lames.
Les lecteurs de Marseille — notamment dans la lignée Jodorowsky — insistent sur la **lecture analogique** : on observe les détails iconographiques (direction des regards, couleurs symboliques, objets), on fait parler les images, on associe. C'est une école plus **contemplative**, qui résiste à la systématisation.
Le Rider-Waite : la lecture narrative
Le Rider-Waite, avec ses 56 mineurs illustrés, propose d'emblée une **histoire** pour chaque carte. Les débutants retiennent plus vite. Les associations sont plus évidentes : le 10 d'Épées montre un homme allongé face contre terre, dix lames plantées dans son dos — difficile de ne pas y lire la défaite et l'épuisement. Le 9 de Coupes montre un homme confortablement assis devant neuf coupes dorées — la satisfaction matérielle.
C'est une école plus **didactique** et **structurée**, qui permet de transmettre rapidement un socle interprétatif commun. Elle est dominante dans le monde anglo-saxon et dans les formations de tarologie occidentale contemporaine.
Lequel choisir ? Une question de tempérament
Choisissez le Tarot de Marseille si :
- Vous aimez les traditions longues et les sources historiques.
- Vous êtes attiré par le symbolisme brut et la méditation visuelle.
- Vous lisez le français et avez accès à des formations dans cette lignée (Jodorowsky, Camoin, Alejandro, Philippe Camoin, Kris Hadar).
- Vous êtes prêt à construire votre lecture par l'observation et l'analogie plutôt que par la mémorisation.
Choisissez le Rider-Waite si :
- Vous êtes débutant et voulez une courbe d'apprentissage rapide.
- Vous avez accès à la vaste littérature anglo-saxonne.
- Vous appréciez la narration figurative et les petites scènes chargées de sens.
- Vous voulez pouvoir lire en anglais des sources variées (Mary K. Greer, Rachel Pollack, Benebell Wen, etc.).
Il n'y a pas de « meilleur » tarot. Beaucoup de tarologues expérimentés finissent par pratiquer les deux — ou par choisir un troisième : le **Tarot de Thoth** de Crowley (1944), beaucoup plus exigeant symboliquement, ou l'un des innombrables tarots contemporains (Deviant Moon, Wild Unknown, Mary-el, Light Seer's…) qui redécoupent encore différemment le symbolisme traditionnel.
Un conseil pratique
Achetez un seul jeu et tenez-vous-y au moins six mois avant d'en essayer un autre. Le tarot est un langage : pour le parler, il faut du temps et de la régularité. Changer de jeu tous les deux mois vous empêchera de nouer cette relation intime avec les cartes qui fait la différence entre un tirage formel et une lecture vivante.
Tirez une carte par jour, au réveil. Notez-la dans un journal avec votre première impression. Relisez vos notes un mois plus tard. C'est ainsi que le jeu devient vraiment le vôtre — peu importe l'école qui l'a produit.
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**Pour aller plus loin :** consultez notre [histoire complète du tarot](/blog/histoire-et-origines-du-tarot), notre guide des [22 arcanes majeurs](/blog/signification-arcanes-majeurs) et notre [méthode du premier tirage](/blog/comment-faire-premier-tirage).